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lundi, mars 23, 2026

RDC : le Secrétaire général du FONHAB, Mike Mutombo, au cœur d’un scandale lié aux violences sexuelles contres des femmes mariées [Enquête explosive]

Au Fonds national de l’habitat (FONHAB), les femmes mariées seraient les proies préférées du secrétaire général Mike Mutombo, dépeint tel un « prédateur sexuel ». Certaines d’entre elles, sous couvert d’anonymat, ont d’abord dénoncé et accusé le SG Mutombo d’agression et d’harcèlement sexuels en milieu professionnel, puis le Directeur général du FONHAB d’abstention coupable. Elles ont ensuite porté leurs témoignages devant la justice, à visage découvert cette fois-ci. Les présumées victimes redoutent désormais des représailles et sont confrontées à de lourdes accusations de diffamation et imputation dommageable, portées par le SG Mutombo contre leur protectrice, la DGA Zamuda. Malgré les intimidations, elles disent demeurer de marbre pour que justice soit faite.

Une affaire d’agression et d’harcèlement sexuels secoue le Fonds national de l’habitat (FONHAB). Des têtes couronnées du fonds sont particulièrement pointées du doigt, à en croire une correspondance du 16 septembre 2025, assortie de diverses preuves matérielles liées à ce dossier explosif, adressée via mail à la Directrice générale adjointe, Pascaline Zamuda, et captée par Opinion-info.cd

Le Directeur général en déplacement et le cabinet du Ministre d’Etat à l’Urbanisme et Habitat ont également été saisis en copie de cette correspondance signée par le Collectif des avocats des femmes en milieu professionnel. Ce collectif a notamment chargé le DG Alexis Kadima de plusieurs faits infractionnels : corruption, rémunérations illicites, trafic d’influence, extorsion, chantage, menaces, injures et diffamation. Fille du Secrétaire général du FONHAB, Vanessa Mutombo est, selon le même collectif, la partenaire de crime du DG Kadima.

Face à la gravité des faits, la DGA Zamuda, sur instruction du DG Kadima en déplacement, n’a pas tardé pour ordonner la constitution d’une commission disciplinaire ad hoc, chargée d’écouter les femmes victimes et de faire éclater la lumière.

Composée de 5 membres (1 président, 1 rapporteur et trois membres), la commission, dès son premier jour de travail, a réussi à auditionner 4 femmes qui ont évoqué des faits supplémentaires encore plus graves. Le même jour, le dossier a changé de connotation, passant d’une simple dénonciation des actes de mauvaise gestion à des témoignages flagrants des violences faites aux femmes en milieu professionnel de la part du Secrétaire général Mike Mutombo.

Réputé proche du DG Alexis Kabuya, le président de la commission, Stone Kiwanuka, a levé l’option d’interrompre les travaux de la commission de façon unilatérale, soupçonné de vouloir étouffer les dénonciations portées par les victimes. Remontés, certains membres de la commission ont claqué la porte.

L’un d’entre s’est confié à opinion-info.cd, révélant que « l’objectif de Kiwanuka était d’attendre le retour du Directeur général pour continuer -ensuite le travail- sous sa protection. Il a même tenté de faire disparaitre les Procès-verbaux dûment signés par les victimes. Heureusement, nous avons tiré des copies et avons également pris soins d’enregistrer en format audio toutes les victimes. Nous attendons le moment opportun pour éclairer la justice quant à ce. Actuellement, il établit un rapport seul sur base de faux PV ».

Mike Mutombo ou prédateur sexuel ?

Devant la Commission, 4 femmes, dont l’âge varie entre 29 et 40 ans, ont témoigné sans atermoiement sur les scènes pleines d’indécence vécues durant plus de deux ans au sein de cet établissement public, crée en 2023. Leurs récits ont mis en lumière des actes d’agression et d’harcèlement sexuels, d’extorsion, d’abus d’autorité, de menaces…

« C’est le Secrétaire général qui avait facilité mon recrutement au FONHAB. Il m’a fait des avances et j’ai refusé, mais il a continué jusqu’à me donner deux baisers forcés dans son bureau. Il est en plus parvenu à me toucher aux seins sans mon consentement. Je suis allée en parler au Directeur général. Ce dernier m’a juste rassuré qu’il va gronder le SG. Et, lorsque le SG a perdu son épouse, le DG est revenu vers moi pour me demander si je continuais à le haïr alors qu’il est déjà devenu veuf », a raconté la première victime que nous dénommons Josiane.

La suivante, mariée, s’est étalée, du haut de sa trentaine d’âge, pendant une heure pour décrire un comportement qui s’apparente à celui d’un prédateur sexuel. Nous la dénommons Fatou.

« Ce monsieur, le SG, depuis que je suis au sein du FONHAB, il ne fait que m’offrir des cadeaux de caleçons. Je lui ai dit à plusieurs reprises que je suis mariée et que je ne peux recevoir ses cadeaux. Une fois, il m’a dit qu’il aimerait me voir porter ces caleçons pour voir comment les traces de ces sous-vêtements allaient décorer mes derrières… Quand ma grossesse est devenue visible, le SG m’a interpellé en disant que je n’étais pas autorisé de tomber enceinte au FONHAB. Et, d’ailleurs, si je n’étais pas mariée, il allait m’épouser, a-t-il dit. Tout en me sachant mariée, il m’a déjà demandé une fois de venir vivre chez lui », s’est lamentée Fatou devant la commission.

Pascaline est le nom collé à cette autre femme qui dit être victime de la gloutonnerie des Mutombo. Son histoire a été au centre de la correspondance du Collectif d’avocats du 16 septembre dernier adressée à la DGA du FONHAB. Elle est ponctuée de faits d’abus d’autorité, de paiement illicite et de détournement.

« La fille du Secrétaire général, qui est mon amie, m’a branché à son père pour bénéficier de mon job au FONHAB. On s’était entendue qu’elle percevra 50% de mon salaire pendant deux mois. Dépassé ce délai et à ma grande surprise, elle continuait, à chaque paie, de me traquer pour l’argent. Le jour où j’ai décidé de ne plus lui donner quelque chose, son père m’a convoqué en son bureau et a menacé de me chasser du boulot si je refuse de donner l’argent à sa fille », a relaté Pascaline avant de passer le relai à Opulence (nom d’emprunt).

Cette dernière, contrairement à ses prédécesseurs, a fourni, en plus de son témoignage, des copies des discussions sur Whatsapp avec le SG Mutombo, poussant la commission a noté des menaces et abus d’autorité.

« Je me suis fait gronder au bureau du SG et subis des menaces pour une histoire dont je ne connaissais ni les tenants ni les aboutissants. Le SG m’a accusé d’utiliser des agents femmes pour l’enregistrer dans son bureau. Il m’a menacé en me disant qu’il fera de son mieux pour ne plus me voir au FONHAB », a-t-elle déballé, semant désarroi et désolation parmi certains membres de la commission de discipline.

Les victimes présumées sur le point d’être désabusées !

Une journée, quatre témoignages chocs qui révoltent toute personne éprise de bon sens, sauf le président de la commission de discipline qui a résolu non d’œuvrer pour faire éclater la lumière, mais de manœuvrer pour étouffer la vérité dans l’œuf afin de protéger ses intérêts personnels ainsi que sa relation avec le DG du FONHAB.

Au retour de ce dernier à Kinshasa, Kiwanuka est passé à la vitesse supérieure dans la fabrication de faux procès-verbaux en vue d’altérer les témoignages des présumées victimes et de minimiser les atrocités subies. Pas question pour d’autres membres de la commission de rallier une telle initiative, contraignant ainsi leur président à signer seul les procès-verbaux montés de toute pièce dans l’optique de faire disparaitre les originaux, lisiblement signés par tous les 5 membres de ladite commission de discipline.

Déterminée à obtenir des sanctions exemplaires contre leurs supposés bourreaux, ces femmes ont eu le courage de porter l’affaire devant le ministre de tutelle, Alexis Gisaro, passant notamment par son Directeur de cabinet pour alerter sur le danger encouru par leurs semblables au FONHAB.

Le 31 octobre, soit quelques semaines après les auditions devant la commission de discipline à l’interne, le Dircab de Gisaro a convoqué une réunion autour de ce dossier. Le DG Alexis Kadima y a pris part ainsi que tous les membres du Conseil d’administration du FONHAB.

Au terme de la réunion, une nouvelle commission a été instituée afin d’entendre les femmes plaignantes et les dirigeants de cet établissement public. Sans suite… Dans cette impasse, la présidente du Conseil d’administration du FONHAB, Agnès Banatshinyi Tshitenge, a, à son tour, mis en place, sur instruction du min’Etat Gisaro, une énième commission aux missions et fins identiques.

Une justice inféodée et réduite au silence !

Les deux autres commissions ont néanmoins auditionné le SG Mike Mutombo et ont réussi à le confronter aux victimes supposées. Lors de ces différentes auditions, Mutombo s’est bien servi des béquilles lui prêtées par Kiwanuka, auteur de faux procès-verbaux des auditions menées au niveau du FONHAB. Imbroglio total quoi que les témoignages des femmes plaignantes n’ont connu la moindre transformation.

Sans attendre les conclusions du ministre d’Etat à l’Urbanisme et Habitat, le SG Mutombo a engagé une procédure judiciaire non contre les femmes présumées victimes de violences et harcèlement sexuels de sa part, mais contre la DGA Zamuda. Il l’accuse d’imputations dommageables et diffamation. Infractions qu’elle aurait commise durant son intérim comme Directrice générale alors que Alexis Kadima était en déplacement.

Le SG du FONHAB affirme que la correspondance du 16 septembre 2025, envoyée à la DGA via mail en guise d’alerte, est un « montage » commandité par la hiérarchie pour nuire à sa réputation et à son image.

« Il s’agit d’une campagne commanditée en interne et pour laquelle j’ai porté plainte au parquet. L’instruction est en cours. Et c’est bien dommage. Cela fait six mois que cette campagne dure. Si vous voulez, vous pouvez entrer en contact avec nous pour toutes fins utiles. Merci ». Ainsi le SG Mike Mutombo nous a répondus pour justifier son action en justice.

Quant à la DGA Zamuda, visiblement imperturbable, elle a, selon des fins limiers, partagé les témoignages des présumées victimes du SG Mutombo, non sans obtenir du magistrat instructeur d’auditionner celles-ci. Pas un iota n’a changé des faits rapportés par lesdites femmes devant les autorités judiciaires.

De quoi éclabousser le SG Mutombo qui, aux dernières nouvelles, tend à perdre le contrôle de la situation et voit l’affaire commencer à se retourner contre lui. Il compte encore sur la lourdeur de l’administration judiciaire qui peine à fixer l’affaire après plus de 4 mois d’attente, malgré que les présumées victimes exigent réparation.

Alors que l’attente se fait longue, une énième dénonciation anonyme à charge du SG Mutombo a jeté l’huile sur le feu, compliquant une situation déjà complexe et piquant la sensibilité d’un inspecteur général judicaire qui s’est saisi du dossier.

C’est dans ce contexte que le parquet général de la Gombe a tenté de se réveiller et d’appuyer sur l’accélérateur. Trop tard. Le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, a déjà demandé le dossier en communication auprès de l’inspecteur judicaire.

En dépit de la tempête qui s’annonce, le SG Mutombo clame son innocence et s’est dit prêt à le prouver aussi bien par voie légale que médiatique. Il a assuré aux journalistes intéressés par cette affaire de sa franche collaboration pour éclairer l’opinion publique. Il est surtout persuadé que ses jours ne sont pas comptés au sein du FONHAB.

« Il y a des publications déjà faites depuis belle lurette. Venez vous renseigner à la source et vous vous rendrez compte que le méchant ce n’est pas le serpent, mais l’homme », a-t-il conclu.

A l’heure actuelle, silence radio au cabinet du ministre d’Etat à l’Urbanisme et Habitat et au FONHAB. Dans l’entre-temps, les présumées victimes continuent de prester au sein de cet établissement public, exposées à des risques permanents des représailles. Elles vivent la peur au ventre et attendent impatiemment le jour où justice sera rendue.

Dans les différents services du FONHAB, l’affaire, qui s’est propagée comme une trainée de poudre, divise les agents en deux camps : celui des pro ainsi que celui des anti Directeur général et Secrétaire.

A notre micro, les victimes supposées des actes de violences et harcèlements sexuels en milieu professionnel ont exprimé leur besoin de bénéficier du soutien et de la solidarité des associations des droits des femmes, des instances indépendantes de protection des droits de l’Homme, de la Commission nationale des droits de l’Homme de la RDC, du ministère national des Droits humains, du ministre d’Etat à la Justice, de la Coordination des services spécialisés du Chef de l’Etat en charge de la jeunesse et de lutte contre les violences faites à la femme, du ministre du Travail

Edmond Izuba, Yves buya, Gauthier Sey, Samuel Nakweti et Abudu Awalo

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