Arrivant à échéance en septembre 2025 et toujours en attente de reconduction, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) constitue bien plus qu’un simple cadre commercial : il offre aux pays d’Afrique subsaharienne un accès préférentiel, sans droits de douane, au marché américain, sous réserve du respect des critères de gouvernance et des droits humains. En 25 ans, ce dispositif a permis à 35 pays bénéficiaires d’exporter pour plus de 130 milliards de dollars, principalement via des produits agricoles et agro-industriels (cacao, café, textile, vanille, thé, fruits, huile végétale, poisson…), soit près de 7 000 lignes de produits. Toutefois, seuls cinq pays — Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, Ghana, Madagascar et Kenya — ont réellement su transformer cette opportunité en moteur structurant de développement de leurs filières agricoles.
La RDC face à ses paradoxes agricoles et au test du leadership
Réintégrée dans l’AGOA en 2021 après plusieurs années de suspension, la République démocratique du Congo peine encore à tirer pleinement profit de ce régime commercial, notamment dans les exportations non minières, malgré un potentiel agricole largement supérieur à celui de plusieurs pays leaders. Il convient cependant de saluer le leadership du ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, qui a impulsé la création du Comité national AGOA (CN-AGOA), doté d’objectifs clairs et ambitieux : faire passer les exportations sous préférence AGOA de 600 millions de dollars à 3–5 milliards d’ici 2030. Cette initiative pose les bases d’une refondation des filières agricoles nationales (café, cacao, thé, huile de palme), à condition d’une mobilisation effective de l’État, du secteur privé (FEC) et des partenaires techniques.
AGOA, incertitudes géopolitiques et impératif de diversification
Dans un contexte international marqué par le retour du protectionnisme américain et les incertitudes liées à l’avenir de l’AGOA — à l’image des coupes affectant d’autres programmes comme l’USAID — l’Afrique, et la RDC en particulier, doivent anticiper des débouchés alternatifs. La Chine et l’Asie apparaissent déjà comme des partenaires majeurs, avec 295 milliards de dollars d’échanges Afrique–Chine en 2024, contre 8 milliards sous AGOA. Pour autant, le régime AGOA demeure, s’il est bien exploité, un levier de croissance inclusive, capable de générer des effets de ruissellement durables. À l’épreuve des choix stratégiques et des politiques publiques résilientes, l’AGOA reste pour la RDC une opportunité décisive — encore faut-il la transformer en gain économique réel et structurant.
Signé Sigis Aberi Amooti
Économiste
Conférencier
Acteur Politico Économique


