La sortie médiatique de Me Dorothée Madiya, avocate de l’artiste Fally Ipupa, pourrait susciter de nouvelles interrogations sur la procédure engagée contre la journaliste Virginie Manganga.
Lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Kinshasa, l’avocate a voulu apporter des précisions sur le fond du dossier opposant son client à la journaliste. Mais certaines de ses déclarations soulèvent des questions, notamment sur les conditions dans lesquelles Virginie Manganga a été interpellée.
Me Madiya a notamment renvoyé la responsabilité de l’arrestation vers la Police judiciaire et le Parquet, expliquant que les services concernés auraient agi dans le cadre des instructions judiciaires. Une position qui interroge, au regard des circonstances rapportées autour de l’interpellation de la journaliste.
Selon les éléments avancés dans ce dossier, les personnes venues interpeller Virginie Manganga se seraient d’abord présentées comme des artistes musiciens folkloriques et auraient participé à son émission avant de procéder à son interpellation à l’issue du programme, un dimanche après-midi. Des interrogations subsistent également sur l’existence d’un mandat, d’une convocation préalable et sur les conditions dans lesquelles ses droits de la défense auraient été garantis. Une confrontation aurait par ailleurs échoué en raison de l’absence du plaignant et de son conseil.
Journaliste ou « TikTokeuse » ?
Autre point qui retient l’attention : Me Dorothée Madiya affirme que son client n’aurait pas porté plainte contre une journaliste, mais contre une « TikTokeuse ».
Cette distinction pose question dans un contexte où les réseaux sociaux sont devenus des espaces importants de production et de diffusion de l’information. TikTok, YouTube, Instagram ou encore X sont désormais utilisés quotidiennement par des journalistes, des médias et des créateurs de contenus pour informer, commenter l’actualité et interagir avec leur public.
La qualification retenue dans la plainte pourrait donc avoir des conséquences importantes sur l’appréciation du statut de la personne poursuivie et sur le cadre juridique applicable.
La conférence de presse a également été marquée par des échanges tendus avec certains journalistes. Des propos perçus comme menaçants par plusieurs professionnels des médias ont été tenus au cours de l’intervention, alors même que Me Madiya est également députée nationale et présidente d’une commission parlementaire à l’Assemblée nationale.
Plus largement, ses déclarations sur une procédure judiciaire en cours soulèvent la question de la frontière entre communication de défense, respect du secret de l’instruction et exposition médiatique d’un dossier déjà porté devant la justice.
Le rôle du CSAC également en question
Enfin, une autre interrogation demeure : pourquoi cette affaire n’a-t-elle pas, à ce stade, été portée devant le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), lorsque les griefs formulés concernent les activités journalistiques ou médiatiques de Virginie Manganga ?
Le CSAC dispose en effet de compétences dans le domaine de la régulation des médias et du traitement des manquements professionnels des journalistes.
Au-delà du conflit qui oppose Fally Ipupa à Virginie Manganga, les déclarations de l’avocate posent donc une question plus large : la stratégie de communication adoptée par la défense contribue-t-elle réellement à renforcer la procédure engagée contre la journaliste, ou risque-t-elle au contraire d’ouvrir de nouvelles interrogations sur celle-ci ?


